11 juillet 2024 à 19:37
10 ans, Romain et ... Romain
• GF, dans mon bureau, et tout de suite !
La voix employée ne laissant que peu de doute sur l' humeur du patron, j'ouvre les yeux et redresse mon fauteuil avant de poser au sol mes deux pieds jusque là confortablement installés sur mon bureau, quittant ainsi ma position semi-allongée que je qualifierai de « position de réflexion de début d'après-midi ».
• J'arrive, patron.
Ni une ni deux, je traverse le couloir, ne prends même pas le temps de m’arrêter à la machine à café et entre prestement dans le bureau du chef, après avoir toqué deux fois comme de coutume.
• Ben, tu dormais ? T'as les yeux vitreux et les cheveux tout ébouriffés ! Et dis donc, j'te paye pas aussi cher pour que tu fasses la sieste dans ton bureau. ALORS VOILÀ, MONSIEUR ÉCRIT 2 OU 3 ARTICLES QUI ONT LEUR PETIT SUCCÈS, ET JE DIS BIEN PETIT SUCCÈS, ET IL ARRÊTE DE TRAVAILLER. IL SE PREND POUR QUI CE P’TIT CON ?????
Vous aurez compris, je pense, le sens de ce passage à la majuscule. Le patron est en colère, rouge de colère même. Je ne comprends pas bien pourquoi, mais bon…
• Je ne faisais pas la sieste, patron, je réfléchissais à la conclusion à mon article sur l'analphabétisation chronique des criquets masculins amputés d'un membre inférieur vivant au nord-est de la Nouvelle-Orléans.
• Désolé, je pensais que tu dormais. Ah, tu en es à la conclusion ?
• Euh non, pas tout à fait patron, j'ai l'habitude de commencer l’écriture de mes articles par la conclusion.
• TU TE FOUS DE MA GUEULE ????
• Vous.....vous....vous vouliez me voir, patron ?
• TU TE FOUS DE MA GUEULE ???? J'EN AI RIEN À FOUTRE DE TES CRIQUETS. TU VAS TE METTRE TOUT DE SUITE AU BOULOT ET M'ÉCRIRE UN ARTICLE SUR UN SUJET DE TON CHOIX QUE JE VAIS T'IMPOSER : LES 10 ANS DE RMF.
• Ben non patron, je dois aller à Toulouse ce jour-là pour le match du RC Vannes.
• TU OSES DISCUTER ? CE N'EST PAS DISCUTABLE ! ET PUIS, LE MATCH EST DIFFUSÉ SUR PLACE DONC TU POURRAS FAIRE D'UNE PIERRE DEUX COUPS. ALLEZ SORS DE CE BUREAU MAINTENANT ET VA BOSSER !!!! AH OUI, DERNIÈRE CHOSE ! INUTILE DE FAIRE UNE NOTE DE FRAIS....C'EST TOUT POUR TA POMME !!! SUIS-JE BIEN CLAIR ??????
• Oui, patron.
C'est donc un journaliste un tantinet agacé qui se rend aux halles de Saint Nicolas du Tertre en ce samedi 8 juin. Alors ne vous méprenez pas, non pas que ce soit une galère de vous rendre visite, amis de RMF, bien au contraire, mais ne pas pouvoir déduire mes frais de route et de consommation sur place représente un trou important dans mon budget, surtout à cause de la consommation. Du coup, si je vais bien obéir au patron et écrire un article sur cette journée, j’ai décidé que ce dernier sera bien plus court et beaucoup moins drôle que d’habitude. Paf, dans la gueule du patron ! Ne soyez pas vexés chers lecteurs et si chères lectrices, ce n’est pas contre vous, mais comprenez que c’est le seul moyen pour moi de me faire entendre. Quand je pense à ce que serait « Le p’tit mentoux » sans mes articles…..
J’avais décidé, soucieux de ma santé et écoutant (comme toujours) les conseils de ma chère et tendre épouse, de ne pas assister aux jeux de l’après-midi. Donc, j’arrive vers 17h00, commande un pichet de bière et m’installe devant le match du RC Vannes qui joue et obtient sa montée en Top 14. Du coup, il est 19h00 et on peut passer à l’apéro. Non pas qu’on ait soif mais bon... Du coup, je commande un nouveau pichet. Pendant cet apéro, divers trophées sont remis (meilleur joueur A, B et C, plus beau but de l’année, meilleur dirigeant, …). À noter une nouvelle fois l’absence regrettable de trophée pour le meilleur journaliste du club. J’avais mes chances pourtant… Je suis un peu déçu sans vouloir le montrer alors du coup, je commande un nouveau pichet. Arrive ensuite le repas : un délicieux jambon à l’os accompagné d’un gratin de pommes de terre suivi d’un morceau de fromage et d’un succulent chou à la crème. Craignant ne pas digérer le vin ou l’eau présents sur la table, je décide de commander un nouveau pichet. On sent clairement l’ambiance monter lorsque le feu d’artifice est lancé, suivi par une soirée dansante endiablée qui voit les jeunes et moins jeunes se déhancher au son de Joe Dassin et autres musiques des années 1980 à 2020. Mon épouse vient assez rapidement vers moi pour me proposer de rentrer alors du coup…., je commande un nouveau pichet. Elle revient un peu plus tard alors du coup, je commande un nouveau pichet. Et ainsi de suite jusqu’à 4h00 du matin, heure du départ. Alors que retenir de cette soirée ? Plusieurs choses… Primo, j’ai commandé beaucoup de pichets… Secundo, la superbe ambiance qui confirme la belle vitalité du club. Tertio, le magnifique travail des organisateurs de cette journée (bravo à Maxime, Alexandre, et tous les autres présents sur la photo!). Vous avez été parfaits du début jusqu’à la fin. Quarto, et je le déplore, la méfiance à mon égard de plus en plus de personnes. Combien de fois ai-je entendu « Non, tais-toi ! Ne lui réponds pas ! Il ne faut rien lui dire !... » ? C’est un peu dur à vivre, je dois dire mais heureusement que je suis un journaliste tenace. Car sinon, qui vous aurait mis au courant que Chloë attend impatiemment que Guillaume, notre milieu de terrain intermittent du football, la demande en mariage ? Personne sûrement…
- GF, dans mon bureau et tout de suite !
- Oui, patron, j’arrive !
- C’est quoi cet article sur les 10 ans de ton club de cœur ? À peine une page !!! Et même pas drôle en plus !TU TE FOUS DE MA GUEULE, HEIN ???? ALORS, TU VAS REPRENDRE TON CARNET ET TON CRAYON ET TU VAS ME TROUVER UN AUTRE SUJET. ET EN ATTENDANT, TU VAS ALLER CHEZ LE BARBIER-COIFFEUR PARCE QUE TU NE RESSEMBLES VRAIMENT À RIEN. ET ÉVIDEMMENT, NE PENSE MÊME PAS À DEMANDER UNE NOTE DE FRAIS.
- Ben patron, j’ai fait moins long parce que certains lecteurs me disent que mes articles sont trop longs. Jojo, par exemple, m’a dit qu’il n’avait pas le temps de lire l’article en une journée parce qu’il n’allait s’asseoir aux toilettes qu’une fois par jour, le matin après son pain-rillettes trempé dans sa chope de café et ses 3 biscottes au beurre et à la confiture de mûres.
- JE M’EN FOUS DE JOJO ET DE SES BISCOTTES !!! VA CHEZ LE BARBIER !!!
Quelques jours plus tard…
- Salut, Romain.
- Oh, salut GF ! C’est toujours un plaisir de te recevoir dans mon modeste salon qui, comme tu peux le voir, s’est bien développé depuis ta dernière visite.
- Oui, je vois ça. Bon, tu vas bien ?
- Oui, ça va très bien. Les affaires marchent bien. Et puis, sur le plan sentimental, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes (…) Et enfin, sur le plan sportif, l’année a été fabuleuse avec le maintien de la A et les montées de la B et de la C (et oui chers lecteurs et si chères lectrices, c’est la surprise du jour. Allez voir sur le site du district 56, vous verrez les groupes de D1 pour la B et ... de D2 pour la C pour l’an prochain). Et puis, en plus, aucune recrue annoncée ne semble en mesure de piquer ma place, loin de là. Bon, je te coupe et te rase comment ?
- Heu, tu éclaircis et dégagé derrière les oreilles, comme d’hab. Quant à la barbe, un petit effet « une semaine » m’ira très bien. Bon alors, tu te vois en A l’an prochain ?
- Ouais, sans problème. Quand je ferme les yeux, je me vois même capitaine.
- Heu, ferme pas trop les yeux quand même, surtout avec un rasoir dans les mains. (Je vous laisse quelques instants pour vous remettre de cette excellente blague) Ah oui, tu te vois capitaine ?
- Ouais, c’est sûr. J’ai négocié avec Maxime, le coach. Il me met capitaine et en échange, il a coupe et rasage gratuits toute l’année. Pas con, hein ? Et si je me blesse, j’ai fait la même négociation avec François et Gildas à la buvette avec bières illimitées à la place du brassard.
- Et ils ont accepté ?
- Oui. François s’est passé la main dans les cheveux et sur le menton et a dit ok. Dada a fait la même chose mais n’a rien trouvé. Mais il a dit ok quand même. Voilà, j’ai fini, ça fera 25€.
- Oh, arrondis à 50€ et envoie la note au journal. Le patron a dit qu’il me payait ça pour services rendus. Salut Romain et à bientôt !
- GF, dans mon bureau et tout de suite !
- Oui, patron, j’arrive !
- C’EST QUOI CETTE NOTE DE 50€ QUE JE VIENS DE RECEVOIR ?????? JE CROYAIS AVOIR ÉTÉ BIEN CLAIR POURTANT !!!
- Oh, zut, patron, j’avais oublié. (Vous noterez ici mes talents d’acteur)
- BON JE TE LAISSE UNE DERNIÈRE CHANCE AVANT DE TE VIRER. TROUVE UNE ANCIENNE STAR DU CLUB ET ÉCRIS UN ARTICLE SUR LUI. C’EST COMPRIS ? MAIS ATTENTION, NE ME SORS PAS UN ARTICLE SUR JOJO, JE COMMENCE À EN AVOIR RAS LE BOL DE CELUI LÀ !!!
- C’est dommage, il est sympa et rigolo.
- J’AI DIT NOOOOON !!!
- Oui, oui. Attention, chef, vous allez perdre votre voix à vous énerver comme ça. Ce serait dommage…
- SOOOOOOORRRRRRRRSSSSS DE MON BUREAU !!!!!!!!!
C’est un homme soucieux qui rentre chez lui. Quelle ancienne gloire du club n’ai-je pas encore égratignée dans ce journal ? Yan ? C’est fait. Thierry ? C’est fait. Bruno H ? C’est fait. Didier ? C’est fait. Dada ? C’est fait. Fab ? Ben non. Ancienne, ça marche, mais gloire, ça ne marche pas. J’ouvre la porte de mon bureau, bises à 4 reprises mon épouse (3 sur la joue gauche et 1 sur la joue droite), lui demande ce qu’on mange ce soir, me prend en retour un : « Je ne suis pas ta bonniche, je ne suis pas ta cuisinière ni ta femme de ménage non plus. Donc ce soir, c’est toi qui prépares le repas et quand tu auras terminé, tu iras repasser ta chemise pour les 40 ans de Romain Poyac samedi soir. » Mon épouse est gentille, très gentille mais elle a un gros caractère. En tout cas, sa réponse pleine d’amour me permet de trouver le sujet de mon article : Romain, ancien défenseur central du club comme son papa Marc, qui fête son entrée chez les quadras (Romain, pas Marc) avec son épouse Sabrina. C’est donc un journaliste confiant qui pousse la porte de la salle polyvalente de Pleucadeuc en ce samedi 6 juillet. Plutôt que de vous raconter moi même son parcours, je préfère retranscrire les réponses à mes questions de plusieurs de ses copains présents à cette soirée bien sympathique.
- Comment définiriez-vous Romain, le joueur ?
Jojo : Un bourrin, un gros bourrin, bien moins technique que moi. Dada, à côté de Romain, c’était Zidane.
Chapo : Un bourrin, un gros bourrin, bien plus physique que moi.
Jojo : Ça existe quelqu’un de moins physique que toi ?
Chapo : Ta gueule ! Rendez-vous demain matin à 8h30 pour un petit cross de 2 heures et on reparlera du physique après.
Totor : Un super joueur, mon idole après Nestor Fabbri. C’est le type de joueur que je voudrais avoir à la Gentienne de Pluherlin, club dont je suis le président depuis quelques semaines.
- Comment définiriez-vous Romain, le pote ?
Chapo : Un mec fidèle en amitié, un copain sur qui on peut compter.
Totor : Un mec fiable, comme Maxime Bossis. Le genre de mec que je mettrais, s’il jouait encore, comme capitaine de l’équipe de la Gentienne de Pluherlin, club dont je suis le président depuis quelques semaines et qui comme par hasard remonte tout de suite en D2.
Jojo : Un mec sympa mais grognon quand il a bu.
Totor : Un peu comme toi, Jojo.
Chapo : Non, Jojo, il est grognon même quand il n’a pas bu.
Jojo : Ta gueule.
- Une anecdote de match à raconter sur Romain ?
Chapo : Il avait une grosse frappe de balle qui lui servait surtout à dégager mais une fois, les gars lui ont demandé de tirer un coup franc pour qu’il marque un but dans sa carrière. C’était un match de fin de saison. Le coup franc était bien placé, à 20 mètres en face des buts coté buvette. Une formalité pour toi, GF, avec ton pied gauche si soyeux. Et ben Romain, lui, il a pris son élan et a tiré de toutes ses forces. On a retrouvé le ballon dans les filets… à Réminiac. T’imagine la frappe !
Jojo : N’importe quoi ! Impossible ! Même moi, je n’y arrivais pas avec mes centres ratés. T’étais au match ?
Chapo : Non, j’y étais pas mais c’est vrai, j’te jure, c’est Boboss qui me l’a raconté tard après un match.
Jojo : Pffffff !!!!! Et ben moi, une fois, il a voulu me faire une transversale dans les pieds suite à un énième superbe appel que j’avais fait sur le côté gauche. Je me rappelle, c’était un après-midi de novembre, il pleuvait.
Totor : Et il a raté son ouverture ?
Jojo : Ben non, il l’a réussi et c’est la seule et unique fois. J’ai été tellement surpris que j’en ai loupé mon centre après.
Chapo : Comme d’hab, quoi !
Jojo : Ta gueule !
Totor : Ben moi, je jouais en C à Ruffiac avant de devenir depuis quelques semaines président de la Gentienne de Pluherlin, club très sympathique qui grâce à moi, va retrouver son lustre d’antan. Donc je n’ai pas beaucoup joué avec Romain mais je me rappelle qu’une fois à l’entraînement, on a fait un concours de jonglage. J’étais tellement fier, c’était un de mes rêves comme celui de marquer un but pour pagayer après comme Marama Vahirua. J’y repense souvent mais un peu moins depuis que je suis président de la Gentienne de Pluherlin.
Chapo : Et alors, qui a gagné le concours?
Totor :Romain, 2-1.
Jojo : 2 parties à 1 ?
Totor : Non, 2 jonglages à 1. On a fait plein de parties mais on n’a jamais réussi à faire mieux. Mais bon, c’est l’intention que je retiens. « Le succès, ce n'est pas l'objectif, c'est la conséquence. », comme disait Reynald Denoueix que j’ai essayé de recruter pour entraîner la Gentienne de Pluherlin, club dont je suis le président depuis quelques semaines. Mais il a refusé, je ne sais pas trop pourquoi.
Chapo et Jojo : Nous non plus…
Bon, en tout cas, merci beaucoup les gars. J’ai mon article.
- GF, dans mon bureau et tout de suite !
- Oui, patron, j’arrive !
- J’te garde au journal. Tu peux partir en vacances.
Rendez-vous donc après le 15 août pour un prochain article. Lors du dernier, je cherchais un adjectif pour qualifier la saison. Je crois qu’avec la montée de la C, on peut maintenant parler d’année fabuleuse. Vous avez mis la barre très haut et de nouveaux challenges très compliqués s’offrent à vous, les gars. Mais d’ores et déjà, pour tout ce que vous avez fait cette année, je voudrais vous dire BRAVO et MERCI !!!!!
GF


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